On est samedi, je suis à la gare. Ça fait longtemps que je n'ai pas été si excitée. Assise sur un banc, je trépigne sur place et le même le vieil homme à côté de moi me regarde bizarrement. Je suis une vrai puce. J'avais oubliais comme c'était bien d'avoir de l'adrénaline qui te parcourt le corps. C'est génial. On annonce l'arrivée de son train. Je ne sais pas si je ne vais pas m'évanouir sur le coup de l'émotion. C'est dingue, j'en ai même la chair de poule. Les passagers sortent du train. Je n'ai jamais vu son visage mais il s'est décrit physiquement. Je cherche des yeux une personne correspondant à la description qu'il m'a faite, mais quelqu'un se met devant moi. Il ne voit même pas qu'il me gêne, cet imbécile. Il est là, planté devant moi comme un idiot. Et c'est qu'il me regarde en plus !
Il me sourit même. Je me met sur la pointe des pieds et regarde derrière son épaule pour essayer d'apercevoir Will. Aussitôt, son sourire s'efface. J'ai peur, et si c'était un pervers ? On s'est jamais, il est bizarre. Son visage change brusquement, j'ai l'impression que son regard se décompose. C'est vraiment louche. Il faudrait mieux que je m'éloigne. Soudain, une pensée me traverse l'esprit. Et si c'était Will ? Impossible, Will m'a dit être blond avec des cheveux très longs alors que cet homme à les cheveux bruns ternes et courts. D'ailleurs, c'est très moche. Il a des traits plutôt féminin, un grand manteau qui recouvre des vêtements que je ne vois pas. La seule chose que je remarque vraiment, c'est des grosses bagues à ses doigts. Soudainement, son expression change encore une fois. Il redevient calme et passe ses doigts sur-bagués dans ses cheveux sales et certaines mèches restent dans ses doigts. Beurk.
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Le paysage défile très vite, je vais bientôt arriver à la gare. Vahina m'y attend. Mon frère et notre manager ont insisté pour que je porte une perruque, au cas où l'on me reconnaitrai. Je la tiens dans la main pour le moment. Des cheveux secs presque gris et pas très agréables au toucher. Heureusement que ce n'est que pour quelques minutes. Ça y est, c'est le moment de vérité, les gens se pressent devant la porte coulissante. Je prend mon temps, pour retarder l'échéance. Mon dieu, comme je suis trouillard. Bon, je me lance. Dès que je sors de wagon, je la remarque. C'est comme un choc, je sais tout de suite que c'est elle. Si c'est ça le coup de foudre, alors je l'ai eu. C'est con de dire ça, mais c'est vrai. J'espère qu'elle ressentira la même chose en me voyant. D'ailleurs, je me plante devant elle pour qu'elle m'aperçoive enfin. Mais elle ne veut pas, elle cherche partout sauf près d'elle. C'est sûrement à cause de cette putain de perruque. Je suis son regard désespérément jusqu'à ce qu'il se pose enfin sur moi. J'appréhende la réaction, alors comme un idiot, je souris de toutes mes dents. Mais elle ne réagit pas et détourne à nouveau ses yeux.
Je sens quelque chose se briser quelque part dans mon cerveau, ou peut-être ailleurs. Ça me fait de la peine qu'elle n'ait pas eu de déclic comme moi je l'ai eu. J'ai presque envie de pleurer tellement j'en ai mal au c½ur. Des mois qu'on se parle, c'est quand même pas si difficile ! Elle me dévisage encore une fois. Calme-toi, Bill. Elle ne peut pas te reconnaître, tu es déguisé exprès pour qu'on ne le puisse pas. Logique. Je passe dans la masse de cheveux étrangers qui surplombe ma tête et des paquets de cheveux filasses restent coincés entre mes doigts poissés de sueur. La vache ! Bon, je fais quoi ?Il faut que je bouge au lieu de rester debout au milieu de la foule. Je vais aller m'asseoir sur un banc pendant 5 minutes, le temps de me remettre les idées en place.
Je fais quelques pas mais quelqu'un me retient le bras. Je tourne la tête, et c'est elle. Elle me regarde d'un air timide et garde ma main dans la sienne.
- Will ?
Elle m'a quand même reconnu. C'est un signe, moi je vous le dis. Je lui souris :
-Non. Bill.
Ça y est, la bombe est lâchée et elle, elle lâche ma main. Je sens mon c½ur marteler ma poitrine.
-
Oh, pardon, je vous ai pris pour...
- Si, si, si ! Je suis bien celui que tu crois. Suis-moi.
Elle hésite alors pour lui prouver que je ne lui ment pas, je lui donne quelques informations que nous avions échangées.
- Mais pourquoi tu dis t'appeler Bill alors ? Et pourquoi tu as menti sur ton physique?
- Je t'expliquerai tout dans un endroit plus tranquille.
- Non, maintenant.Elle n'a pas confiance, ça crève les yeux.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
- Parce que.
- C'est bizarre, j'avais dit à Will que j'aimais pas les réponses standard.
- Je sais. Mais je ne peux pas te le dire ici et je ne peux pas non plus te dire pourquoi je ne peux pas te le dire.
- T'essaie de m'embrouiller ou quoi ?
- Mais non ! S'il te plait, suis-moi, je t'assure qu'on ne peut pas faire autrement.
- Pourquoi ?
Désolant. Je n'imaginais pas notre première rencontre comme ça.
- Parce que c'est un secret. Et je ne veux pas que tout le monde le sache.
-Bon d'accord, mais un mètre de distance, on sait jamais, me répondit-elle en soupirant.